Extrait du manuscrit "Le Grand livre du Vaudou" de Claude Planson.
Jusqu'à une époque relativement récente, il était bon de considérer la medecine
"traditionnelle" comme une aimable plaisanterie et ses patients comme des naïfs
systématiquement exploités.
Nous sommes aujourd'hui moins catégoriques.
Nous nous sommes aperçus que certaines de nos plus brillantes
"découvertes" étaient connues depuis les temps anciens par ceux que nous persistons à considérer comme des
"primitifs". L'exemple de la pénicilline, tirée d'un champignon utilisé, depuis toujours par certains Amérindiens pour éviter l'infection des plaies, est trop connu pour que nous nous y
arrêtions. On sait moins que la réserpine, dont la découverte est à la base de la chimiothérapie moderne, était parfaitement connues des
"Docteurs feuilles" du Nigeria (Qui fûrent, comme
nous le savons, les ancêtres des Hougan Haïtiens) qui utilisaient une plante de la famille du
" Rauvolfia serpentia", en décoction ou en infusion, pour le traitement des troubles
mentaux.
De tous les points du monde nous parviennent des informations dont le serieux ne peut être mis en doute. C'est l'ethnologue Anglais
Leaky qui, élevé par les KIKUYU et ayant
reçu d'eux l'initiation, affirme que les
"hommes medecines" qu'il a connus étaient des personnalités remarquables par leurs connaissances et par leur sagesse "généralement, chacun d'eux
étaient une sorte de spécialiste", dit il. Jean Ziegler, dans son ouvrage "sociologie et contestation", affirme tranquillement: "La guérison des cancéreux par le male minininha n'étonne plus
que les imbéciles". Enfin le Dr LEGRAND-BIJOU reconnaît que les Hougan Haïtien font
"usage de moyen thérapeutiques directement physico-chimiques. Ils emploient des infusions de plantes sous la
direction des Loa. Nous devons soupçonner que ces plantes renferment des principes actifs analogues à ceux cotenus dans les médicaments en usage dans la pratiquepsychiatrique courante". Et il
conclut:
" Il est indéniable que les Hougans comptent à leur actif des guérisons dans le domaine de la maladie mentale".
Les Hougan et Mambo sont au sens complet des omnipraticiens. Le dramatique déchirement entre corps et esprits que nous devons à la conception du monde judéochrétienne leur est inconnu. Pour
eux, l'homme est une totalité. Dans notre jargon, nous dirions qu'il n'existe pas pour eux de maladie qui ne soit psychosomatique, et que, a contrario tout désordre mental a une incidence
physiologique. Toute psychothéapie, toute psychanalyse seront accompagnées de traitements, généralement infusions et bains de plantes dilacérées, dont les principes actifs sont absorbés par voie
transcutanée.
Dans tout les cas le malade sera longtemps interrogé
: Il s'agit de donner un nom au mal dont il souffre qui corresponde trés exactement
aux symptômes éprouvés. Ici, la richesse du vocabulaire des vaudouisants est infinie et les termes employés immédiatement compréhensibles par les patients.
A partir de là, le traitement s'impose de lui même. La confiance du malade sera d'autant plus forte qu'i sera que le prêtre Vaudou est désormais à sa disposition, mais encore que le secours
des Loa ne lui manquera pas.