Extrait de Lapriyè Ginen


Tout les vodouisants comprennent bien que personne ne puisse définir Dieu en elle-même ni par elle-même. Essayer de le faire serait naturellement poursuivre une tâche purement utopique. Ce serait vouloir l'appréhender et ceci n'est certes pas possible puisqu'il s'agit de Dieu qui, par définition même, est l'Inaccéssible. De Dieu, tout ne peut pas être connu, dit le vodouisant dans la pratique de sa philosophie. Il se contente de le percevoir comme étant le Grand Maitre, le Maitre tout Puissan, celle qui remplit tout les espaces.

Pour le Vodouisant, Dieu est "Le Bon Dieu" qu'il retrouve au sein de sa tradition ou simplement"Bondje", celui ou celle qu'on, évoque si souventau sein de Lapriyè Ginen.

Djé pas l'om!, nous disent les vodouisants car, selon eux, l'existence de Dieu ne peut se situer que par delà les formes de l'universalité. Elle est le Grand Maitre de tout ce qui existe dans l'Univers, celle qui donne la vie et qui aide aussi à la maintenir. Elle est l'Idéal de tous les idéaux des individus et de la société. Elle est la vertu de toutes les vertus, en même temps qu'elle est aussi Celle qui plane par dessus tout ce qu'on peut exprimer par des paroles.

Tout ce qu'on peut savoir sur Dieu ne peut se reconstituer qu'à partir d'une somme d'images que le vodouisant appelle  "Lwa". Les Lwa sont des images détaillées de Dieu. Ils en seraient comme des facettes ou comme des énergies vibrantes et agissantesqui émaneraient d'elle, des figures parfois éblouissantes et rayonnantes (les lwa blancs) qui laisseraient entrevoir sous formes d'hommes, de femmes ou même d'enfants, certain de ses traits ou de ses caractéristiques.

Dans le Vodou Dieu est une femme et son nom est YEHWE

Appelée aussi familièrement Lwa, Houn, Khon, Vodoun, Orisha, Zan'y, Zing, Mystè, Muon, Pangol, Toro ou Sè... Elle ne peut jamais être perçue directement par le sens ni par la raison, on ne peut la découvrir que dans l'expérience même de la vie.

Yehwe commande à la foudre et aux orages. Elle ordonne les étendues scintillantes des cieux, le vent et les vagues de la mer, tout ce qu'il y a sur terre et lamentations silencieuse du mondes des ténèbres. Elle est la mère régnante et universelle, Souveraine de l'esprit et Maitresse de tout les éléments.

Manifestation unique de toutes les divinités, elle est la reine des vivants, des morts ainsi que de tous les immortels. Vénérée sous les multiples formes et connues sous de multiples noms, elle est la mère des Lwas et la grand mère des hommes. Source primordiale de toutes vies, humaines et autres, elle ne saurait avoir d'époux. Voilà pourquoi on la considère comme étant vierge. Le fils qu'elle porte son bras (qui porte le nom de Ti Gougoun ou Gougoun Danyon)n'est, de plus, qu'un symbole qui représente la vie, la vie qu'on contemple dans l'exubérance et dans le foisonnement des êtres de la nature, la Nature Pétro qui s'exprime généralement dans la profusion des arbres, des plantes et des feuilles. Ce symbole évoque donc la nature dans son infinie distinction.

Cinquante et un noms désignent spécifiquement Yehwe, dont les plus connus sont ceux d'Ezuli ou Azili. Ezuli Freda, Ezuli Danto, Ezuli Jé wouj, Ezuli Mapiang, Ezuli Balyann, Ezuli Laflan(g)bo, Grann Ezuli... Sont autant de noms qui la révèlent en tant qu'Aïeule que Grand Mère, que la mère ou que la belle, élégante et coquette jeune fille tant admirée.

Bien connues en Afrique, à la République du Bénin, au Nigéria ou au Togo sous le nom d'Azili, on la trouve encore identifiée sous diverses dénominations dont des noms de même racine se reconnaissent dans ceux de Lasiri au Mali, de Lazuli, de Darzili, de Zila au Congo, de Danzile, de Zile Pemba et même au moyen Orient ou autre part dans le monde où on l'appelle Edzuli, Ezuli, Dzuli, Julie, Zulema, Ursule, Zoule, Zoune, Li ou Lili.

Plusieurs de ces statuettes dites de fertilité sont, en effet, celles d'Ezuli. Elles ont été retrouvées par des archéologues et certaines d'entre-elles datent de plus de 25000 ans, c'est à dire qu'elles remonteraient dans le temps bien au de là de l'époque du déluge biblique.

Disons donc comme le Vodouisant, pour éviter les erreurs possibles, qu'elles remontent aussi loin que puisse se rendre la mémoire humaine.

Cependant c'est au niveau de la liturgie sacrée du Vodou, dans les chansons et dans les prières qu'on la retrouve sous ses noms officiels de Anyé, de Aniyé, de Houn, de Yehwe.

Ce nom de Yehwe est toujours associé à celui des grandes divinités Vodou comme pour mieux souligner une unité de substance (disons mieux de non substance), comme pour mettre en exergue une identité commune, un rapport consubstantiel non dissociable d'être, et pour démontrer aussi combien dans le Vodou il s'agit bien d'un monothéisme fondamental. Cela assure en même temps, la cohérence du pluralisme des Lwa.

La qualité de Dieu se trouve donc, en réalité, dans son intégralité en chacun des Lwa, aussi bien en Ezuli qu'en Ayizan Vélékété, qu'en Papa Legba, en les Marasa, en Papa Loko Atisou, en ogou Féray ou en Ogou Chango ou Ogou Balendjo, en Baron Samdi ou Grann Brijit; en Les Gédés, en les Lwa Rada, Nago, Congo ou Pétro; en les Lwa de l'eau du Feu, de l'Air ou de la Terre, et ils en imposent les canons.

Tout les Lwa font parti du grand Tout et ils permettent à tous de reconnaitre à travers eux, c'est à dire à travers la représentation symbolique de celle qui implique la perfection morale, une idée considérée comme vitale pour le monde. Purs esprits et n'ayant jamais eu de corps (Nèg pa Bondje ou l'om pa Dje *) ils occupent, tous, une place bien définie dans l'espace qui leur fut assignée dès le début des temps, ce temps auquel le Vodouisant fait référence quant il parle de Aniyé ou de Anye (celui ou celle qui existe depuis le début des temps)

Pour le Vodouisant, l'existence de Dieu est indiscutable et tous les vodouisants comprennent bien que cette essence divine se situe par delà les formes et dans l'universalité.

Dieu est le grand maitre- Maitresse de tout ce qui existe dans l'univers. Elle est chacun de nous comme elle est aussi hors de nous.
Dieu est celle qui donne la vie et qui aide à la maintenir. Elle est l'Idéale de tous les Idéaux des individus et de la société. Elle est la vertu de toutes les vertus, l'âme de toutes les forces qui existent dans le monde.





*Aucun homme ne saurait se faire passer pour Dieu ou aucun homme ne peut être Dieu.


ref: enseignement Max G beauvoir.
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